Apiculteur dans le Doubs à Miserey-Salines, mes récoltes de miel se font dans le respect des abeilles. Mon mode de production se rapproche beaucoup du "bio" car je n'utilise pas de traitements pharmaceutiques. Je ne remplace ni ne complète les provisions des abeilles avec du sirop qu'en cas d'extrême nécessité. Des abeilles noires locales peuplent les ruches. Une large part de la sélection des abeilles se fait de façon naturelle. Les abeilles élèvent seules leur reine, je n'impose rien. Je me contente juste de guider les abeilles, de façon extensive, comme un berger guide ses brebis, et la nature fait le reste. Technicien supérieur agricole de formation, j'ai renoncé à devenir apiculteur professionnel à l'issue de ma formation apicole car je ne veux pas placer ma relation avec les abeilles au centre d'une équation économique. Devenu allergique au venin d'abeille en 2011, j'ai entrepris une désensibilisation au CHU de Besançon. Le traitement, qui dure 5 ans, est efficace car je suis régulièrement chatouillé par les abeilles sans finir aux urgences !

Produire peu mais essayer de produire mieux !

L'apiculture à haut rendement, tout comme l'agriculture "moderne" à haut rendement, subventionnable par les pouvoirs publics, me font craindre le pire pour l'avenir des abeilles :

  • Je suis résolu à ne jamais compléter les provisions de miel de mes abeilles par du sucre. J'organise mon système de production pour que les abeilles disposent toujours de leur miel et qu'aucun nourrissement ne soit nécessaire. C'est moins rentable, mais les abeilles y trouvent leur compte. Nous sommes encore loin de connaître toutes les interactions environnementale nécessaires au bien-être et à la survie des abeilles. Par exemple, des recherches récentes démontrent que les abeilles se soignent à l'intérieur de la ruche en utilisant les différents types de miels récoltés au fil des saisons dans la ruche grâces aux différents polyphénols qu'ils contiennent. Ceci pourrait simplement expliquer que les abeilles qui disposent de miel, et non de "sirop de nourrissement à base de betterave", sont moins sensibles aux maladies. De plus, le sucre de betterave ne contient que de la saccharose et éventuellement des résidus de pesticides ...
  • Je n'utilise pas non plus des pesticides dans les ruches pour combattre le varroa ( l'ennemi numéro 1 des abeilles ) mais j'utilise des techniques sanitaires plus contraignantes pour l'apiculteur mais moins nocives pour les abeilles. Un essaimage contrôlé et systématique est l'occasion d'un rupture de ponte et d'application de traitements "doux" à base d'acides organiques.
  • J'essaie de collaborer avec les abeilles noires locales que je sélectionne sur des critères propres ... à l'abeille noire ! Le critère qui me semble le plus important est l'adaptabilité des abeilles au milieu dans lequel elles évoluent. Idéalement, elles n'élèvent pas de couvain l'hiver, démarrent leur développement en phase avec la végétation locale et sont prêtes à profiter de la grande miellée. Elle ne sont pas malades et assurent une bonne production de miel, nécessaire à leur survie. J'effectue cette sélection de façon massale et sur ascendance pour conserver une grande biodiversité génétique.
    A contrario, utiliser des races d'importation ou des abeilles sélectionnées apporte un gain productif mais impose de nourrir copieusement au sucre pour assurer les provisions hivernales. C'est un choix à court terme, comme les politiques économiques actuelles. Ces abeilles ne survivraient pas sans les sirops des apiculteurs. D'ailleurs les gènes de ces abeilles d'importations finissent par être éliminés car la nature tue sans merci tout modèle qui manque d'adaptabilité à l'écosytème. Les abeilles noires ont de beaux jours devant-elles !

Mon modèle de production va à contre-courant du "retour sur investissement rapide" exigé par les créanciers et des records de production à la ruche nécessaire à toute viabilité économique d'une entreprise apicole. Je m'efforce de la rendre respectueuse des abeilles, de l'environnement et des hommes.

Les acteurs apicoles en Franche-Comté

Comme 25% des apiculteurs Franc-Comtois, je suis également adhérent à l'UNAF  avec le syndicat apicole du Doubs. Le SNA est un autre syndicat qui défend aussi les intérêts des abeilles auprès des pouvoirs publics, . Elles en ont grand besoin !

Ma méthode d'apiculture en quelques mots 

Une méthode de production de miel qui ne nécessite peu d'intrants et beaucoup d'efforts. Les externalisations négatives sont réduites au minimum.
Exploitation de type extensif en ruchers sédentaires  - qq ruchers en petite-transhumance régionale - maximum de miel laissé aux abeilles - pas de sirop ni succédané - pas de traitement phyto-pharmaceutiques -  peu d'interventions dans les ruches - beaucoup de colonies mais production « à la ruche » faible - abeilles en pleine santé - frais de structure réduits au maximum - miel bien valorisé - rotation des cires sur 3 saisons - pas de gestion des cires l'hiver - pas de chaîne d'extraction - pas de local de stockage : tout le matériel est sur site toute l'année - peu de séparation entre colonie de production et colonie d'élevage - chaque colonie N+2 de production devient également ruche d'élevage selon critères de sélection : 30% des meilleures - 1 seule récolte par an d'un miel "Toute fleur" si la colonie dispose ensuite d'assez de réserves, sinon pas de récolte car mon objectif est la sauvegarde des intérêts de l'abeille, affaiblie par une forte dégradation de son environnement.

Que butiner cet hiver ?

Que butiner ce printemps ?

Que butiner cet été ?

Que butiner cet automne ?