L'apiculture en Franche-Comté

Un des gros privilèges offerts par notre région pour l'apiculture, c'est la présence proche de montagnes, de vallées et de plaines. Les floraisons y sont diversifiées et s'étalent dans le temps grâce aux biotopes propres à chaque altitude. La région est spécialisée dans l'élevage bovin orienté vers la production laitière destinée principalement à l'élaboration de fromages protégés par des appellations d'origine contrôlée. L'apiculture Franc-Comtoise bénéficie donc largement de cet élevage semi-extensif sur prairies naturelles, en plus d'être la troisième région Française pour les surfaces cultivées en agriculture biologique. Il est donc possible de réaliser des petites transhumances régionales pour récolter des miels différents.

 

Miel de colza, Tournesol : Au nord de la région, les plaines de Gray, la basse vallée de la Saône, la plaine doloise constituent les milieux agricoles céréaliers. Dans cette "petite Beauce" il est possible de récolter du miel de colza et de tournesol.
Miel d'Acacia : Si les plateaux calcaires centraux (bleu foncé) sont parfois recouverts d'acacia, les berges de la Saône et de l'Ognon sont plus intéressantes pour la floraison d'acacia. Le sol est plus lourd et moins calcaire.
Miels Toutes fleurs, Montagne, Pissenlit ; Les avants monts (vert) ainsi que les premiers plateaux d'altitude (en brun clair) constituent une zone de prairie extensive. Les abeilles y amassent une grande diversité de pollen dès le mois d'avril.
Miels de Tilleul, forêt, sapin : dès le second plateau (brun foncé), les forêts de sapins sur les pentes, d'épicéas et de tilleuls permettent aux abeilles d'amasser du nectar de tilleul et du miellat de sapin environ une année sur 5.


(Carte à venir..).


L'altitude joue donc un rôle important pour le développement des abeilles. Les fleurs de plaine sont en avance d'environ un mois par rapport au plateau du Haut Doubs et du Jura.
Voici deux photos prises début mai 2014 en plaine à 250 m d'altitude et en montagne à environ 1000 m d'altitude :

(Photo à venir...)

Les abeilles se développent plus tôt en plaine et les ruches sont plus populeuses en plaine qu'en montagne à une même date de l'année. Fin juin, début juillet, la montagne a "rattrapé" la plaine mais elle offre d'avantages d’opportunités aux abeilles. Les floraisons tardives dans les pâtures alimentent les ruches en pollen alors qu'en plaine, les floraisons se raréfient. Les orages y sont d'ordinaire plus nombreux et la pluviométrie y est souvent accrue par rapport à la plaine. Ces phénomènes météorologiques locaux assurent des montées de nectar dans les fleurs de montagne alors que la sécheresse peut sévir dans les plaines.
A l'instar de nombreux apiculteurs Franc-Comtois, mes abeilles passent l'hiver en plaine, dans les vallées de l'Ognon et du Doubs. Elles butinent les premières floraisons printanières en plaine jusqu'à l'acacia. Elles vont ensuite butiner les fleurs de montagne dans le Haut-Doubs et dans les Vosges Saônoises. La fin de l'été marque le retour des abeilles en plaine, à l'endroit où elles passent l'hiver. Les zones de butinages sont sélectionnées pour offrir une grande variété de fleurs aux abeilles.

 
Saut du Doubs en avril : Alors que les floraisons de prunelliers, de noisetiers et de saules abondent en plaine, l'hiver s'accroche encore aux montagnes. Le printemps grimpe doucement en altitude.

(Photo à venir...)

 

Sept miels monofloraux

Les abeilles butinent des milliers d'espèces de fleurs au cours d'une année. Cependant, l'abeille est une excellente pollinisatrice dans la mesure où elle reste fidèle à la variété de la première fleur visitée. La butineuse recherchera ensuite toutes les fleurs homologues à la première. Le pollen spécifique à chaque espèce de plante voyage ainsi de fleur en fleur grâce aux abeilles. Il est toujours étonnant de penser que les plantes ne peuvent se déplacer pour se reproduire et qu'elles ont confié cette tâche aux abeilles. Le bruissement du vol des abeilles est le bruit des fleurs qui font l'amour.

En Franche-Comté, il est possible de récolter au moins 7 miels monofloraux différents. Un "miel monofloral" est un miel où la quasi-totalité du miel récolté provient d'une espèce unique de plante. Comment est-ce possible ?
Parce que les abeilles sont économes. Elle vont s'approvisionner au meilleur rapport énergétique. Elles préféreront les fleurs qui leur fournissent un bon apport de nectar ou de pollen. Plus la ressource est proche, meilleurs sont les rendements. 
Et aussi parce que les butineuses de retour à la ruche préviennent les autres abeilles de la proximité d'une floraison, de la direction qu'il faut emprunter pour s'y rendre et à quelle distance se situe cette ressource. Ainsi, le maximum de butineuses effectueront à leur tour des aller-retours incessants entre une source "monoflorale" et la ruche, et ce, jusqu'à leur mort.


Les abeilles se rendent de façon linéaire sur les zones de butinage précédemment découvertes. Par contre, des études récentes ont montré que les butineuses ne retournent jamais à la ruche de manière linéaire. Elles empruntent des chemins aléatoires qui, selon les chercheurs, leurs permettraient de découvrir d'autres sources de nectar. Les abeilles ayant adopté cette singularité ont mieux survécu et se sont mieux multipliées. Ainsi, chaque butineuse qui part de la ruche dispose d'un plan de vol pour "remplir les soutes", mais chaque butineuse contribue à la découverte d'une nouvelle source de nectar lors de son retour.

Nous sommes encore loin de tout savoir sur l'incroyable complexité de l'organisation sociale qu'ont développé les abeilles pour assurer leur survie mais du peu que nous connaissons, nous restons humbles et ébahis.